Dossier

Published on août 20th, 2018 | by nresources

0

Renégociation des partenariats à la Gécamines : Albert Yuma plus dur que Poutine

Au cours d’un point de presse tenu fin juin à Kinshasa, le PCA de la Gécamines, Albert Yuma a annoncé le succès de la renégociation du partenariat Gécamines-KCC (Kamoto Copper Company). Un processus qui devra continuer avec tous les partenariats comme il l’avait annoncé en février au forum Indaba 2018 en Afrique du Sud. Tous les audits sont terminés et tous les résultats sont là. Les renégociations se feront avec chaque partenaire; l’un après l’autre. Sur ce point, le discours de Yuma rejoint celui du ministre des Mines qui disait que « le nouveau Code minier est un feu de brousse ». Yuma prévient qu’il y aura des partenaires qui seront «consumés» par ces renégociations. La Gécamines récupérera simplement ses actifs. L’on se souviendra que depuis ce forum jusqu’à cette conférence de presse en passant par DRC Mining Week, Yuma est préoccupé par l’avenir de son entreprise. Aujourd’hui, chose promise, chose faite. Le premier résultat de ce processus de renégociation est sur la table. Yuma a réussi à effacer plus de 6 milliards de dette de KCC et à réduire le taux d’intérêt annuel de 14 à 6 %.  A partir de cette année, le capital redevient positif et les résultats seront positifs également. Le solde de 3,450 milliards USD de dette sera remboursé sur 8 ans. La Gécamines a également récupéré près de 2,4 millions de tonnes de cuivre et près de 600 mille tonnes de cobalt des réserves quasi certifiées qui appartenaient à KCC. Avec seulement les 600 mille tonnes de cobalt, la Gécamines peut assurer tous les besoins mondiaux de cette matière pendant 6 ans. Egalement avec cette récupération, il sera facile de lever enfin des fonds pour construire une nouvelle Gécamines. Il faut rappeler qu’à la signature de ces partenariats décriés, les plus belles mines (de plus de 32 millions de tonnes de réserves de cuivre et plus de 4 millions de tonnes de réserves de cobalt) de la Gécamines avaient été cédées aux partenaires. La Gécamines est restée avec seulement 400 mille tonnes non certifiées dans deux vieilles mines abandonnées. Dans les mines, on ne fait pas de la bonne sauce avec de vieilles marmites, dit Yuma. Plutôt, avec les vieilles marmites, on ferme, ironise -t-il. Les résultats de ce seul partenariat poussent à dire qu’à sa fin, le processus de renégociation de tous les partenariats pourra rapporter des milliards de dollars au pays. Mais, Yuma reconnaît que les négociations sont difficiles. C’est avec raison que Ivan Glanseberg, le CEO de Glencore avait lâché que « Yuma est dur dans les négociations comme Vladmir Poutine ».

Parmi les multiples raisons qui ont poussé la Gécamines à initier ces renégociations, figurait la mauvaise pratique de ces partenaires consistant à emprunter par exemple, 90 % des investissements à des taux d’intérêts allant jusqu’à 14 % par an. Normalement, selon les règles comptables, une telle société devrait perdre son capital après seulement un an d’exploitation et mise en liquidation. Le fait de continuer a prouvé qu’il y avait anguille sous roche. C’est ce que Yuma a réussi à dénicher. Pire encore, certains partenaires vont jusqu’à comptabiliser des actifs qui ne sont pas physiquement sur le sol congolais. Chez KCC, ce sont 9,2 milliards de la dette qui ont été déterrés. Après plusieurs mois de combat, les experts de la Gécamines ont pu démontrer que plus de la moitié était une fausse dette, fabriquée pour le besoin de la cause. KCC a négocié par peur de perdre ses actifs au profit de la Gécamines propriétaire des titres, suivant les règles de l’OHADA.

En effet, Yuma a levé l’option de refaire de la Gécamines un acteur minier de premier plan en RDC. Sa nouvelle stratégie consiste à reconstruire la capacité industrielle de la Gécamines, à développer des partenariats innovants et à réévaluer tous les partenariats au regard des résultats des analyses et audits menés par des cabinets conseils. Pour lui, redevenir un producteur à part entière est le seul moyen pour la Gécamines de peser à nouveau sur la scène minière nationale et internationale et de reprendre son rôle de fleuron de l’économie congolaise. L’expérience fait déjà du chemin avec la mine de Deziwa à Kolwezi. C’est un partenariat particulièrement innovant avec le groupe chinois CNMC. L’usine produira 80.000 tonnes de cuivres dès le début de 2020. Cette usine, et c’est ça l’innovation, redeviendra propriété entière de la Gécamines au bout de 10 années maximum quand elle sera à mesure de produire 200.000 tonnes de cuivre par an. C’est une grande première en RDC qu’un partenariat lève des fonds pour l’exploitation d’un gisement amené par la Gécamines avec l’engagement de céder la propriété de l’usine et le titre minier à son propriétaire initial à l’issue d’une période bien fixée. Ce sont des fonds que le pays ne possède pas et qu’une entreprise locale aurait du mal à lever lorsqu’on considère des prétextes tels que le « pays à risque » qui a souvent prévalu. En comparaison avec la structure des partenariats actuels, ce partenariat offre à la RDC un avantage en lui donnant la capacité de posséder sa future troisième entreprise minière d’ici à 10 ans. C’est donc l’élément central de la nouvelle stratégie. C’est également dans le cadre de cette stratégie que Yuma inscrit la fermeture des usines obsolètes et la concentration des efforts d’investissement dans les seules installations encore en capacité de produire à des coûts acceptables et sans risque y compris pour le personnel. Par ailleurs, le comité de gestion dirigé par Yuma s’est rendu à l’évidence que les effectifs pléthoriques constituaient un autre obstacle à toute tentative de relance.

Des failles réparées

Le contrat KCC renégocié est l’un des partenariats noués au début des années 2000, ayant profité des largesses du Code minier de 2002. Cette loi vient de subir la modification en 2018. Les analystes lui reprochaient plusieurs faiblesses. L’esprit de libéralisation du secteur minier qu’elle prônait a été largement défavorable à la RDC. Les investisseurs s’étaient taillé la part du lion au grand dam des populations congolaises. Yuma ne devra donc pas s’arrêter en si bon chemin.

Il sied de rappeler que la Banque mondiale estimant que la RDC était dans une situation financière dramatique et que par conséquent, elle ne pouvait ni gérer, ni développer ses mines, lui avait recommandé de fermer définitivement la Gécamines et de céder toutes ses mines à des partenaires étrangers. Ceux-ci allaient produire mieux que les Congolais. Et ils devaient amener les milliards d’investissement et la RDC allait bénéficier des revenus de ces projets.  Du coup, la Gécamines n’avait plus de production, ayant cédé ses actifs à ces partenaires qui avaient promis du lait et du miel. Le Code minier de 2002 a été élaboré dans cette logique. Mais il n’a pas produit les résultats escomptés. En 2010, la Gécamines n’était plus qu’un musée avec des outils dépassés, une méthode de production anachronique et un effectif pléthorique. La tonne de cuivre était produite à 14.000 USD, alors que le coût réel de la vente était de 4.800 USD. Le comité de gestion de la Gécamines s’est rendu compte qu’il fallait revoir la stratégie. Les résultats des audits diligentés à cet effet ont expliqué à la fin de 2017, pourquoi l’entreprise ne pouvait pas se redresser. Ils ont conclu que si l’on continuait dans cette direction, le lait et le miel promis n’arriveraient pas jusqu’à l’épuisement des gisements. La Gécamines a également découvert que sur les quatre plus gros partenariats (KCC, TFM, Rwashi et Boss Mining), les coûts des investissements étaient supérieurs à ce qui était prévu dans les business plans. Les charges d’exploitation étaient 2 à 3 fois supérieures, plus de 400 % d’augmentation des frais financiers. La sous-traitance était faite en intergroupe avec des prix non maîtrisés. La vente se faisait à travers les sociétés du groupe qui rachetaient aux sociétés locales à un prix inférieur et revendaient à des prix extérieurs que le pays ne pouvait pas contrôler. On payait à la société locale le prix de la maison mère qui avait racheté. Par contre, la production était conforme aux prévisions. Donc, il y avait détournement des revenus de la Gécamines et de l’Etat congolais. Après 1 an et demi des tractations, le staff de la Gécamines a pu  avoir les premiers résultats des négociations contrevérifiés par deux autres cabinets.

La réforme engagée à la Gécamines depuis le début du mois en cours, remet à plat toute son organisation et ses modes de fonctionnement. Aucune question ne sera taboue, aucun pré-carré ne sera épargné, prévient Yuma. Toutes les activités seront réévaluées à l’aune de leur contribution à l’atteinte des objectifs de la société. Le staff est convaincu que toutes ces réformes feront de la Gécamines la première entreprise du portefeuille fonctionnant de sa propre initiative et sans financement extérieur. Elles permettront au pays d’avoir des entreprises nationales fortes à côté des investisseurs étrangers.

D’autres résultats engrangés

La Gécamines a également atteint un point de convergence avec le groupe Georges Forrest sur le terril de Lubumbashi. Elle deviendra désormais propriétaire unique de l’usine de la société du terril de Lubumbashi qui redeviendra opérationnelle en 2019. L’usine est en cours de réparation après l’accident de Juillet 2017. Grâce à cet accord, la Gécamines peut, à court terme, traiter les scories ayant un potentiel entre 75.000 à 125.000 tonnes de cobalt. Elle redeviendra un producteur important de cobalt et profitera de l’embellie des cours. Mais l’ambition ne se limite pas au traitement des scories. Bien au-delà, l’entreprise pourra bénéficier des minerais stratégiques comme le galium et le germanium. De plus, le plan prévoit la construction, dans deux ans, d’une unité de transformation moderne pour traiter tous les sous-produits qui, jusque-là étaient retirés quand les produits partaient à l’étranger à l’état brut. Des discussions sont en cours avec des partenaires financiers pour ce projet qui pourra lui permettre à nouveau d’employer plus de 1.200 travailleurs dans le Haut-Katanga et qui contribuera à récréer un tissu social dans cette province.

De l’autre côté, la Gécamines commencé à diversifier ses activités. Elle a conclu un contrat pour créer une cimenterie à Likasi avec un partenaire chinois. C’est le Grand Cimentier de Katanga, ‘’GCK’’ en sigle. Elle produira 1.000.000 de tonnes de ciments et 200.000 tonnes de chaux dans les 18 mois à venir.

Il sied de noter que ce chapelet de bons résultats n’est pas exhaustif. Yuma promet une conférence de presse au cours de laquelle sera officiellement présenté un nouveau type de partenariat qu’il souhaite promouvoir pour le futur et qui devrait désormais  remplacer l’actuel modèle déséquilibré et imparfait de joint-venture.

Didier Kamesa Mwana


About the Author



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑